Les réalisateurs qui m'ont marqué : David Lynch

Les réalisateurs qui m'ont marqué : David Lynch
Je commence une série d'article sur les réalisateurs qui comptent à mes yeux. Il y en a beaucoup et fort heureusement la liste ne cesse de s'agrandir d'années en années.
Ces articles ne vous apprendront rien sur ces artistes pour la bonne et simple raison que je ne suis pas journaliste et que je ne pense pas être assez cultivé en ce qui les concerne pour avoir la prétention d'apporter du neuf sur des artistes dont les autres fans sont sûrement plus au faite que moi. Je ferais juste un tour d'horizon de ces maîtres en la matière en narrant ma rencontre avec leurs films et ce que j'aime en eux.
Comment mieux débuter cette série d'articles qu'en commençant par celui que je considère comme le meilleur, le dénommé David Lynch.

Le 15 Avril 1991, j'ai regardé comme beaucoup d'autres personnes, le pilote d'une série qui restera à jamais gravé dans ma mémoire. Une série aux allures de mystères qui n'en finissait plus de nous faire languir de semaines en semaines. Twin peaks allait durer 29 épisodes d'1h30 chacun, soit 43h30 de bonheur intense. C'était ma première rencontre avec le maître, elle ne pouvait que me laisser dans l'attente intenable d'un affamé n'ayant rien à se mettre sous les dents.

Ma jeunesse et mon manque d'argent ne me permirent pas d'aller voir au cinéma Sailor et Lula et Twin peaks : fire walk with me. Qu'à cela ne tienne, en 1996, je vécu la plus intense expérience cinématographique de ma carrière de cinéphile en découvrant Twin peaks le film sur un minuscule écran de 36 cm. A partir de ce moment-là, ma passion pour le cinéma était née. C'est avec une impatience intenable que je m'efforçais de récupérer chaque film du maître.

En voici la liste dans l'ordre que j'ai visionné :

- Elephant man : une superbe photo, des acteurs touchés par la grâce en font un film marquant et profondément humain. Cela dit, j'accusais une légère déception car il est trop éloigné de l'univers Lynchien.

- Blue velvet : McLachlan, Rossellini et Hopper dans un film clé de Lynch où tous les ingrédients de ses futurs chefs d'½uvres sont présents. J'étais aux anges malgré un romantisme très cucul (les rossignols de Laura Dern sont à vomir, elle aussi d'ailleurs).

- Dune : Un film de SF ne ressemblant à aucun autre. L'un des meilleurs films de SF à mon goût (je suis tout sauf un fan du genre) mais très loin de la qualité d'un pur Lynch.

- Eraserhead : Un film hors normes qui ne peut laisser personne indifférent. Un film qui compte chez Lynch car il est le précurseur d'une longue lignée. On reconnaît le goût de Lynch pour les univers atypiques et monstrueux mais on en ressort très éprouvé.

- Sailor et Lula : Un film étonnament linéaire complètement barré et survitaminé. Du grand Lynch ! Un seul bémol, la fée.

- Lost highway : Une attente intenable de trois ans pour un film intemporel qui vous casse la tête pour votre plus grand plaisir. Un sommet.

- Une histoire vraie : Un film linéaire et lent avec quelques touches Lynchiennes. Les touches Lynchiennes était trop peu présentes pour que le film me plaise.

- Mulholland drive : s'il n'y avait qu'un film à garder dans toute l'histoire du cinéma, ce serait celui-là. Un film apparemment incompréhensible qui, une fois mis dans le bon ordre, s'avère d'une limpidité bluffante. Le seul film qui s'améliore de vision en vision même quand on en est à la septième fois!

- INLAND EMPIRE : Le plus grand délire de Lynch à ce jour avec Eraserhead. Exit le cinémascope pour la DV basse définition. Le crade entre donc dans le Lynchland. Il y apporte moults possibilités à Lynch pour nous imprégner plus que jamais dans son univers. Cela dit, il n'est pas le bienvenu dans les scènes classiques. Légère déception compte tenu de l'attente mais c'est encore du grand Lynch, donc du grand cinéma. A noter que Laura Dern y est étonnament très bien.


J'aime chez Lynch :
- Son goût du mystère
- La musique de ces films
- La beauté visuelle de chaque image
- Son respect pour le public en l'incitant à réfléchir sur l'interprétation de ses histoires.
- Sa façon unique de faire entrer une personne dans une pièce.
- Sa façon inégalée de nous foutre les jetons
- Sa facilité pour nous tirer des larmes (la scène du silencio dans Mulholland drive, par exemple)
- Son sens du son
- Son humour
- Le phrasé de ces acteurs
- Sa faculté de faire sortir le meilleur de ses acteurs.
- Sa façon de rester entier envers son art en ne cédant pas aux facilités hollywoodiennes.
- Et aussi et surtout TOUT SON UNIVERS.

Je n'aime pas chez Lynch :
- Son romantisme cucul de Blue velvet
- Sa passion pour Laura Dern
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# Posté le jeudi 07 juin 2007 18:20

Modifié le dimanche 10 juin 2007 16:39

Bad lieutenant

Réalisateur : Abel Ferrara

Avec : Harvey Keitel, Brian McElroy et Peggy Gormley

Martin Scorsese a dit de Bad lieutenant que c'était » un film clé, exceptionnel, extraordinaire, même s'il n'est pas au goût de tout le monde. »
Ce n'est pas étonnant que Scorsese ait été marqué par ce film tant il ressemble aux siens, particulièrement Taxi driver. Il est question d'un anti-héros lieutenant particulièrement malsain qui sentant sa perte imminente, décide de venger une religieuse violé sauvagement par deux « miséreux » pour se racheter. Ce mauvais lieutenant a donc en point commun avec Travis Bickle son côté malsain (Bickle est un ange à côté de lui), son désir de vengeance et le lieu dans lequel il erre.
Bien sur, Bad lieutenant n'est pas non plus la copie de Taxi driver mais on s'en rapproche suffisamment pour faire le rapprochement.
Autant le dire de suite, Bad lieutenant est un choc. Le choc d'avoir comme héros d'un film, un type shooté presqu'à mort, qui profite de son boulot de flic pour voler argent, drogue et intimité. Au fur et à mesure que le film avance, le lieutenant perd de plus en plus pied et s'enfonce de plus en plus dans ce qui n'est ni permissible ni excusable. Il cherchera à se racheter à la fin mais on voit bien qu'il ne sait pas vraiment comment faire.
Heureusement pour nous et pour Ferrara, le lieutenant a comme visage Harvey Keitel. Avec ce rôle casse-gueule, Keitel accomplit une véritable prouesse et passe définitivement dans la catégorie des acteurs de génie. On est pas prêt d'oublier sa perversité et encore plus la scène où il profite de son statut de flic pour demander à deux demoiselles prises en flagrant délit de céder à ses fantasmes.
J'aurais tout de même un regret en ce qui concerne la scène du viol de la religieuse. Alors qu'il prend son temps sur toutes les scènes du film, Ferrara se contente d'un montage haché sous forme de clip pour nous montrer l'action la plus déterminante du film. Dommage !
Cela n'empêche pas Bad lieutenant de faire incontestablement partie de ses films incontournables du cinéma. Qu'on le déteste ou qu'on l'adore, l'important c'est de l'avoir vu pour se faire son propre avis.
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# Posté le dimanche 03 juin 2007 16:35

Kadosh

Kadosh
Réalisateur : Amos Gitaï

Avec Yaël Abecassis, Yoram Attab, et Meital Barda

Comment s'empêcher de vivre ? A travers cette simple interrogation, Amos Gitaï tisse un film intimiste à l'allure très réaliste. Tout commence par un plan de 10 minutes nous montrant Meïr, religieux orthodoxe, s'habiller. Rien de bien passionnant à priori. Sauf que l'homme s'habille avec les vêtements traditionnels et place entre chaque habit une prière remerciant son dieu. Une bien fastidieuse façon de s'habiller.
En une scène, Gitaï a résumé son film. Il nous montre des gens simples voulant vivre de façon simple qui, à cause de la religion et des traditions qui en découlent, finissent par tout compliquer au point de tout casser.
Peut-être Gitaï est l'Almodovar d'Israël. Il filme ses deux héroïnes avec un respect bluffant. On s'imprègne immédiatement de l'impasse dans laquelle elle se trouve.
Et puis, son film nous permet à nous occidentaux non pratiquant de mieux comprendre les relations intimes d'un couple orthodoxe et pratiquant.
D'autre part, il épure son film de passages inutiles nous permettant de ne jamais décrocher.
Les deux actrices principales sont saisissantes de réalisme. Meital Barda doit d'ailleurs être née pour ce rôle de rebelle.
N'hésitez pas à vous procurer ce film.
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# Posté le jeudi 31 mai 2007 03:57

L'humanité

Réalisateur : Bruno Dumont

Avec Emmanuel Schotté, Séverine Caneele, Philippe Tullier, Ghislain Ghesquière et Ginette Allègre.

« Des cadrages d'une beauté à couper le souffle, un ton résolument naturaliste et une histoire, sorte de chemin de croix vers la sainteté, qui émeut par sa simplicité et toute l'humaine douleur qu'elle exhale, font de l'humanité un de ces films rares et précieux qui vous imprège, c½ur et esprit, de manière indélébile. » de Colette Milon
Il est donc très claire qu'il y a des gens qui ont aimé ce film, voir même adoré. Je n'en fais résolument pas partie. Bruno Dumont nous afflige chaque déplacement de son héros à travers des plans tous plus long les uns que les autres. Je n'ai rien contre les films lents mais celui-ci hérite de la palme d'or de la longueur. Comment a t'il pu obtenir le grand prix en 99 sur la croisette ?
Ce deuxième opus de Bruno Dumont est un déluge d'ennui parsemé de temps à autre d'images chocs censées rendre le tout intelligent et hors normes. Il faut retenir dans cette phrase uniquement le mot « censées ».
L'interprétation est bonne surtout en sachant qu'il s'agit uniquement d'acteurs amateurs. Voilà donc le seul et unique intérêt de ce long métrage.
Décidément, il y a des films qui se méritent, celui-ci ne nous mérite pas.
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# Posté le lundi 28 mai 2007 15:50

Zodiac

Réalisation de David Fincher

Avec Jake Gyllenhaal, Mark Ruffalo, Robert Downey Jr, Chloé Sevigny.



L'histoire de Zodiac se résume à l'enquête de deux journalistes et quelques policiers sur un tueur aimant les énigmes et la médiatisation. Rien de bien nouveau sous le soleil donc.
Comment l'histoire du Zodiac pourrait-elle être intéressante à notre époque où ce genre de serial killer est, non seulement partie courante, mais aussi et surtout complètement dépassé ? Quelles mouches à piquer Fincher de s'attarder sur un sujet pareil ?

C'est justement, à mon avis, la motivation première de ce virtuose de la caméra. N'aurait-il pas voulu faire un pied de nez aux autres thrillers contemporains toujours démonstratifs d'histoires incroyables mais qui, malheureusement, pêchent lamentablement sur la consistance des personnages ? Je pense qu'après avoir vu Zodiac, cela ne peut-être qu'une évidence.

Fincher se sert de l'intrigue policière pour nous faire connaître ses protagonistes. Cette histoire racontée par Fincher se résume plutôt aux conséquences d'une passion obsédante sur trois individus qui, petit à petit vont perdre pied avec la réalité du terrain. David Toschi rappellera d'ailleurs à Graysmith qu'il y a beaucoup plus de meurtres en quatre ans dans une ville comme San Francisco que toutes les victimes du Zodiac. C'est une façon comme une autre de se le rappeler à lui-même.

Là où Fincher trouve un intérêt à raconter cette histoire, c'est l'époque où les crimes se passent. Il nous montre un maximum de détails nous faisant comprendre qu'aujourd'hui un serial killer comme le Zodiac serait assez facilement retrouvé, mais qu'à l'époque on était loin de pouvoir le faire. Ainsi le recoupement de plusieurs crimes ne se faisait qu'après quelques années de recherches alors qu'aujourd'hui quelques jours suffisent !

Bien sûr, son film n'est pas exempte de tous reproches. Ainsi la première scène du film sonne un peu toc. Le nombre de balles reçues par les victimes auraient dû tuer l'adolescent. Et puis comment s'est il retrouvé agenouillé par terre hors de sa voiture ?
D'autre part, il aurait été intéressant que le scénario s'attarde sur les raisons pour lesquelles ses personnages se passionnent pour cette histoire. Savoir que Graysmith aime bien les casse-têtes ne suffit pas.

Cela n'empêche une interprétation haut de gammme. J'apporterais une mention spéciale à Robert Downey Jr , autant détestable qu'attachant. Je reste malgré tout légèrement déçu de la prestation de Jake Gyllenhaal dans ce rôle de dessinateurs obsédés par les casses têtes. Je pense qu'il a fait son minimum syndical pour rendre crédible son personnage. Bien sûr, tout le monde ne peut pas se vanter d'un tel minimum !

Courez donc voir ce film, ne serait-ce que pour voir comment Fincher le magicien est capable de rendre une intrigue courue très pertinente.

# Posté le mardi 22 mai 2007 17:26