EUROPA
Avec : Jean-Marc Barr, Barbara Sukowa, Udo Kier, Ernst-Hugo Jaregard, Erik Mork, Jorgen Reenberg, Henning Jensen et avec la participation d'Eddie Constantine et de Max Von Sydow.
Avec ce film, Von Trier est repartie de Cannes avec le prix du jury et le grand prix de la commission supérieure technique en poche. Est-ce que cela lui a suffi ? Bien sur que non, car en réalisant le dernier film de sa trilogie sur l'Europe, il avait comme seul intention de créer un chef d'½uvre intemporel.
Pour cela, il s'est entouré de son équipe habituelle composé entre autre de son co-scénariste Niels Vorsel et du producteur Peter Aalbaek Jensen. Il a créé un énorme storyboard décrivant parfaitement chaque détail de chaque scène. On pouvait déjà voir dans cet outil les images en noir et blanc avec les surimpressions couleurs du rendu final. Ceci pour dire qu'il avait mûrement réfléchi son ½uvre avant de la réaliser. Les danois ne voulant débloquer aucun fond pour ce film, Von Trier et son équipe sont allés convaincre des producteurs Français et Allemands.
Une grande partie du film a été tourné en Pologne dans un camp de vacances pour enfant complètement délabré.
Pour se rendre en Pologne, ils sont passés par l'Allemagne de l'est. La veille, ils avaient tous fait la fête pour le départ et plus particulièrement Jensen. Il s'est donc retrouvé avec un mal de crâne affreux à son réveil et il devait conduire le van qui transportait les armes et les cadavres du film en Pologne. Ayant beaucoup de mal à se concentrer sur la route, il manqua de percuter une trabant face à lui. Malheureusement, en voulant éviter la voiture, il braqua fort, ce qui provoqua l'ouverture des portes arrières du van. Les allemands de l'est ont donc assisté à ce moment-là, à l'un des moments les plus flippants de leurs vies. Ils virent une bande de mec, ranger des mitraillettes, des canons et des cadavres dans le fourgon et s'en aller.
N'ayant pas déclaré les armes, Jensen et Von Trier balisèrent de se faire fouiller par la douane. La chance étant avec eux, ils l'évitèrent.
EUROPA, c'est un peu le film de tous les courants cinématographiques. A lui seul, il réunit le passé, le présent et le futur. C'est en quelque sorte un condensé de tout ce qui s'est fait en matière de cinéma depuis les lumières.
Mais plutôt que de réaliser un documentaire, Von Trier en fait un film et éclaire son propos grâce à une forme entièrement novatrice. Car c'est un véritable tour de force qu'il a réussi. En superposant, vieille image en noir et blanc, vieille image en couleur et image actuelle, il fait de cette ½uvre, un objet futuriste mais aussi intemporel.
Mais, bien sur, chacun sait qu'il ne sert à rien d?innover formellement si le fond n'est pas lui-même novateur. Von Trier a donc décidé de nous pondre un scénario ovni. Autant formellement le film passe d'époque en époque, autant scénaristiquement il passe de genre en genre. Dans une même scène, il nous donne l'impression de voir un burlesque, mais aussi un drame et puis encore une comédie romantique. Comme à son habitude, il fait preuve d'une véritable audace en nous faisant croire dès le début du film que nous allons être hypnotisé pendant les presque deux heures de l'histoire.
En bon spectateur adorant les tours de manège, on se laisse guider par la voix envoûtante de Max Von Sydow mais malheureusement lorsque l'oncle de Leopold fait son apparition, le burlesque l'emporte sur l'hypnotisme et tout nos efforts pour s'imprégner de l'atmosphère retombent. Mais, plus tard, lorsque Von Trier montrera les effets dévastateurs de la guerre en Allemagne (enfants pendus, habitations dévastées, être humain rachitique etc...), on se surprend à rentrer au plus profond de cette ½uvre.
Depuis que Von Trier est passé au dogme, il offre à ses acteurs des interprétations en or. Pour preuve, Emily Watson dans « Breaking the waves », Bjork dans « Dancer in the dark » et Nicole Kidman dans « Dogville ».
Malheureusement ici, en privilégiant la forme et la narration, il efface l'intensité dramatique du jeu de ses acteurs. On ne peut pas dire qu'ils jouent mal, on peut juste reprocher de ne pas les voir tellement on se fond dans le reste.
Ceci constitue donc les limites de ce film. Mais comme dans toutes les révolutions, on crée des choses incroyables tout en créant de nouveaux défauts.
Von Trier nous gratifie au final d'une morale digne de lui. La neutralité est impossible en tant de guerre, au risque de devenir soit même malfaiteur.