MARCHAND DE REVES (L'uomo delle stelle)

Il y a des films où lorsque le générique apparaît, un pincement au c½ur nous fait comprendre notre attachement pour l'ambiance ou pour les personnages.

Marchand de rêves fait sans aucun conteste possible parti de ces ½uvres rares.

Joe Morelli est un enregistreur de morceaux de vies. Avec sa caméra, il part dans les villages italiens d'après guerre pour faire passer des auditions à d'illustres inconnus en quête de célébrité mais surtout d'argent. Devant sa caméra, c'est l'Italie entière qui se confie, l'ancien combattant, l'homosexuel, une femme de ménage prête à montrer ses seins pour avoir un peu de lire.
Joe Morelli se contente d'être l'intermédiaire entre ces gens-là et nous. Il est le seul fil conducteur du film, mais il est de gros calibre. Son personnage un peu roublard, un peu grincheux et en même temps très généreux nous émeut et nous aide à faire de cette ½uvre, un film à part entière et non une accumulation de scénettes.

Tornatore filme une Italie pauvre mais pleine de vie. Il donne aussi à l'histoire d'amour du film, la folie douce et communicative qui permet à cette courte partie de l'histoire d'exister pleinement. Il a laissé le soin d'incarner cette folie à Tiziana Lodato pour notre plus grand plaisir. Fofolle dans la première partie du film et véritablement folle dans la deuxième, elle n'a pas écopé d'un rôle facile. Vu la sympathie qu'elle nous procure à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran, il est inutile de dire qu'elle le fait à merveille.

Tornatore n'est pas un grand metteur en scène mais il sait rendre ses histoires attachantes.

Marchand de rêves fait donc partie de ses films à avoir absolument en DVD pour pouvoir se replonger, sans compter, dans cette ambiance des plus attachantes.
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# Posté le mercredi 11 avril 2007 19:51

Modifié le jeudi 12 avril 2007 17:02

BENNY'S VIDEO

Réalisateur : Michaël Haneke

Avec Arno Frisch, Angela Winkler, Ulrich Mühe, Ingrid Stassner


L'auscultation lente et minutieuse du docteur Haneke sur un patient atteint de la vidéotite aigue capable de tuer rien que pour voir ce que ça fait dans la réalité.

Haneke est passé maître depuis longtemps pour rendre ses films poisseux et malsains. Il instaure une lenteur capable d'inspecter chaque faits et gestes de ses personnages pour mieux pouvoir les disséquer ensuite. Rares sont les réalisateurs capables comme lui de se rapprocher autant de la réalité. Chaque sons, chaque placements de caméras a son importance. Dans la vie, il est très désagréable d'entendre une personne Haneke insert donc ce son à chaque fois que quelqu'un mange. Ce bruit est mis en évidence par le fait qu'il est quasiment unique dans la scène.

Benny's vidéo est le film qui a rendu célèbre cet intello du cinéma. Il est aisé de comprendre pourquoi tellement le film ne peut laisser insensible. Il peut être d'un ennui total ou tétanisant si on se laisse imprégner.

SPOILER

Benny est un ado fou de vidéo. Il en est au point de filmer sa rue, sa chambre et tous les jours il loue au minimum deux cassettes vidéo. L'image qu'il préfère regarder le plus souvent est la mort d'un cochon qu'il a filmé lui-même. Sans être très explicite, on se rend compte au fur et à mesure que le film avance que Benny est influencé par les images qu'il voit. Toute sorte d'horreur passe sur sa télé et tout le monde s'en contrefout. Comme si, à force d'être gavé d'images violentes, on se détachait du côté réel des choses pour ne voir plus que de la fiction. Ce serait comme une sorte de protection face à l'horreur du monde dans lequel on vit. On veut protéger notre petit train train quotidien. Ceci s'apparente à la vision de ses parents du tube cathodique. Pour Benny, c'est un peu plus poussé. Si les images violentes vues à la télé ne lui font rien, il n'y a pas de raison que ça change dans la réalité. Pour faire le parallèle entre nous et Benny, Haneke nous montre le meurtre à travers le tube cathodique. Comme à son habitude, la violence arrive tout à fait naturellement et est décortiquée dans ces moindres détails.
Lorsque les parents découvrent l'acte odieux de leur fils, ils réagissent de la seule façon qu'ils connaissent. Ils veulent tout de suite retrouver leur tranquillité quotidienne. Ils inventent donc un stratagème pour pouvoir oublier cette erreur. Le fait d'avoir vu le meurtre à la télé les auraient-ils protéger de l'horreur réelle qui a eu lieu dans la chambre de leur fils ?
Haneke les punit à la fin alors qu'il laisse libre Benny. Est-ce un message pour se révolter de l'indifférence de la population face aux horreurs quotidiennes ?

FIN DU SPOILER

L'interprétation des comédiens est suffisamment réelle pour nous laisser s'imprégner de leur personnage. Une mention spéciale pour Angela Winkler, la mère de Benny, qui montre parfaitement son indécision quant à l'entreprise impossible qu'ils mènent pour oublier l'inoubliable.
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# Posté le mercredi 11 avril 2007 05:03

THE PLAYER

Suspense, espoir, violence, rire, c½ur, nudité, sexe et happy end, surtout happy end. Ce sont les huit éléments que Griffin dit indispensable pour faire d'un film un succès. Voilà une phrase qui résume tout à fait la pensée de ce film. Altman critique les productions hollywoodiennes qui résume un film à ces huit mots. Il se sert de l'excellent scénario de Michaël Tolkin pour régler ses comptes avec un système qu'il a combattu durant toute sa carrière et on ne peut qu'être enchanté du résultat.
Le film commence par une longue séquence d'environ 10 minutes où l'on suit les conversations d'une vingtaine de personnes différentes toutes affairées à créer la dernière daube qui rapportera un maximum de fric. Après ce début que seul Altman à le secret, la caméra se focalise plus précisément sur Griffin Mill alias Tim Robbins. Il est un producteur sans scrupule et surtout sans talent qui reçoit de mystérieuses cartes postales venant d'un scénariste déçu de ne pas avoir eu de ses nouvelles. Altman continue les présentations jusqu'à ce que Griffin décide de prendre les devants et d'aller à la rencontre du scénariste. A partir de ce moment-là le film prend son envol et on atterrira qu'au moment du générique final. Pour savoir pourquoi, regardez le film !
Comme dans beaucoup de films d'Altman, lorsque le film commence, on met un certain temps avant de comprendre où il veut nous emmener. Et c'est sûrement grâce à cela que l'acte commis par Griffin prend une importance capitale. C'est lui qui sera la base qui va guider le reste. Ainsi nous téléspectateurs, à partir de ce moment-là, nous savons vers quels genres d'histoires nous auront droit.
Griffin Mill est certainement l'un des êtres les plus vils que le cinéma nous ait montré comme personnage principal. Et c'est en se disant cela qu'on mesure la prouesse que Tim Robbins a fait en donnant à Griffin une dimension sympathique. On s'attache à lui tout en se disant que c'est vraiment le pire des salops. On se surprend à éprouver de la compassion pour lui quand il fait la cour à June, on se surprend à se dire qu'on aimerait qu'il s'en tire bien.
Et lorsque la fin de l'histoire se dévoile, on se rend compte qu'on avait définitivement tort d'être empathique avec ce producteur véreux.
Altman était un grand, dommage qu'il ne soit plus là. Après ce film, il m'est urgent d'acquérir le reste de la filmographie de cet énorme réalisateur.

# Posté le dimanche 08 avril 2007 19:30

Modifié le lundi 09 avril 2007 16:46

OMBRES ET BROUILLARDS (shadows and fog)

Woody Allen nous raconte avec ce film, la nuit trépidante que son personnage Kleinman vécut au moment ou l'étrangleur sévit dans son quartier. A la manière d'un after hours, les événements passés lors de cette nuit de folie vont l'amener à changer de vie.
Woody Allen s'amuse avec ses personnages en les mettant dans des situations toutes plus absurdes les unes que les autres. Il les amène à devoir dire des dialogues ridicules, mais ô combien comique, qui au moment précis où ils sont dit, paraissent tout à fait bien placé. Pour exemple, Kleinman est amené à dire à un moment « Mais je ne veux pas être reniflé. » ou encore « C'est moi, j'ai les genoux qui se cognent » .
Comme d'habitude, Woody campe un personnage faux jeton et stressé. Quoique le mot stressé n'est certainement pas assez fort pour le décrire. Que dire d'un homme devant garder sa cravate à chaque sortie, même la nuit, au cas où il croiserait son patron ! Pour une fois, son personnage n'est pas un playboy. On lui connaît au moins deux femmes dans ce film mais étant loin d'être des sexe symboles, on peut croire à ces relations, même si ce n'est pas l'important dans ce film.
Kleinman va croiser dans sa folle nuit nappée de brouillard Mia l'avaleuse de sabres. A coup sur, elle aussi se souviendra de cette nuit-là car tout va l'amener à un bouleversement dans sa vie. Kleinman et Mia vont ensemble braver les dangers nocturnes. Alors que l'on croit que, pour la énième fois, Woody va nous faire le coup de se sortir Mia, il fait de cette rencontre une relation totalement platonique.
On appréciera aussi la présence de John Malkovich, mais aussi de Kathy Bates et surtout celle furtive mais tout bonnement excellente de Jodie Foster. Elle y campe pour la deuxième fois de sa carrière le rôle d'une prostituée et sans vouloir l'offenser, on dirait que ça lui colle à la peau.
L'aspect visuel du film est agréable grâce à un noir et blanc un peu palot qui fait bien ressortir les ombres mais aussi le brouillard.
Sans être un des chefs d'½uvres de Woody Allen, Ombres et brouillards est une comédie légère très bien inspiré.
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# Posté le dimanche 08 avril 2007 19:26

Modifié le lundi 09 avril 2007 05:35

EUROPA

EUROPA

Avec : Jean-Marc Barr, Barbara Sukowa, Udo Kier, Ernst-Hugo Jaregard, Erik Mork, Jorgen Reenberg, Henning Jensen et avec la participation d'Eddie Constantine et de Max Von Sydow.

Avec ce film, Von Trier est repartie de Cannes avec le prix du jury et le grand prix de la commission supérieure technique en poche. Est-ce que cela lui a suffi ? Bien sur que non, car en réalisant le dernier film de sa trilogie sur l'Europe, il avait comme seul intention de créer un chef d'½uvre intemporel.
Pour cela, il s'est entouré de son équipe habituelle composé entre autre de son co-scénariste Niels Vorsel et du producteur Peter Aalbaek Jensen. Il a créé un énorme storyboard décrivant parfaitement chaque détail de chaque scène. On pouvait déjà voir dans cet outil les images en noir et blanc avec les surimpressions couleurs du rendu final. Ceci pour dire qu'il avait mûrement réfléchi son ½uvre avant de la réaliser. Les danois ne voulant débloquer aucun fond pour ce film, Von Trier et son équipe sont allés convaincre des producteurs Français et Allemands.
Une grande partie du film a été tourné en Pologne dans un camp de vacances pour enfant complètement délabré.
Pour se rendre en Pologne, ils sont passés par l'Allemagne de l'est. La veille, ils avaient tous fait la fête pour le départ et plus particulièrement Jensen. Il s'est donc retrouvé avec un mal de crâne affreux à son réveil et il devait conduire le van qui transportait les armes et les cadavres du film en Pologne. Ayant beaucoup de mal à se concentrer sur la route, il manqua de percuter une trabant face à lui. Malheureusement, en voulant éviter la voiture, il braqua fort, ce qui provoqua l'ouverture des portes arrières du van. Les allemands de l'est ont donc assisté à ce moment-là, à l'un des moments les plus flippants de leurs vies. Ils virent une bande de mec, ranger des mitraillettes, des canons et des cadavres dans le fourgon et s'en aller.
N'ayant pas déclaré les armes, Jensen et Von Trier balisèrent de se faire fouiller par la douane. La chance étant avec eux, ils l'évitèrent.


EUROPA, c'est un peu le film de tous les courants cinématographiques. A lui seul, il réunit le passé, le présent et le futur. C'est en quelque sorte un condensé de tout ce qui s'est fait en matière de cinéma depuis les lumières.
Mais plutôt que de réaliser un documentaire, Von Trier en fait un film et éclaire son propos grâce à une forme entièrement novatrice. Car c'est un véritable tour de force qu'il a réussi. En superposant, vieille image en noir et blanc, vieille image en couleur et image actuelle, il fait de cette ½uvre, un objet futuriste mais aussi intemporel.
Mais, bien sur, chacun sait qu'il ne sert à rien d?innover formellement si le fond n'est pas lui-même novateur. Von Trier a donc décidé de nous pondre un scénario ovni. Autant formellement le film passe d'époque en époque, autant scénaristiquement il passe de genre en genre. Dans une même scène, il nous donne l'impression de voir un burlesque, mais aussi un drame et puis encore une comédie romantique. Comme à son habitude, il fait preuve d'une véritable audace en nous faisant croire dès le début du film que nous allons être hypnotisé pendant les presque deux heures de l'histoire.
En bon spectateur adorant les tours de manège, on se laisse guider par la voix envoûtante de Max Von Sydow mais malheureusement lorsque l'oncle de Leopold fait son apparition, le burlesque l'emporte sur l'hypnotisme et tout nos efforts pour s'imprégner de l'atmosphère retombent. Mais, plus tard, lorsque Von Trier montrera les effets dévastateurs de la guerre en Allemagne (enfants pendus, habitations dévastées, être humain rachitique etc...), on se surprend à rentrer au plus profond de cette ½uvre.
Depuis que Von Trier est passé au dogme, il offre à ses acteurs des interprétations en or. Pour preuve, Emily Watson dans « Breaking the waves », Bjork dans « Dancer in the dark » et Nicole Kidman dans « Dogville ».
Malheureusement ici, en privilégiant la forme et la narration, il efface l'intensité dramatique du jeu de ses acteurs. On ne peut pas dire qu'ils jouent mal, on peut juste reprocher de ne pas les voir tellement on se fond dans le reste.
Ceci constitue donc les limites de ce film. Mais comme dans toutes les révolutions, on crée des choses incroyables tout en créant de nouveaux défauts.
Von Trier nous gratifie au final d'une morale digne de lui. La neutralité est impossible en tant de guerre, au risque de devenir soit même malfaiteur.
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# Posté le vendredi 06 avril 2007 08:55

Modifié le vendredi 06 avril 2007 09:07